Contes animaliers

Contes mettant en scène des animaux.

Qu’est-ce qu’un conte animalier ?

C’est une histoire dont le personnage principal, le héros, est un animal. Cette histoire peut se dérouler uniquement dans le monde animal, tout comme elle peut passer au milieu des humains et, dans ce cas, ce qui est mis en valeur ce sont les relations qui se nouent entre l’homme et l’animal.

Contes animaliers de Patrick HuetObjectif de cette rubrique.

Cette rubrique a pour objet de vous présenter des histoires de Patrick Huet sur le thème des animaux.

Si les contes animaliers sont souvent liés au monde de l’enfance, n’oublions pas que les adultes eux aussi sont susceptibles de vivre des relations exceptionnelles avec des animaux, que ce soit des compagnons de tous les jours (chiens, chats, perroquets) ou des bêtes dites sauvages dont la route peut croiser celle d’un être humain et les entraîner tous les deux vers une destination imprévue.

Une histoire complète à lire.

Dans quelque temps, nous publierons plusieurs pages de présentation de ces diverses histoires

Dans l’intervalle, nous vous offrons en lecture libre une histoire complète dans laquelle un paysan se trouve subitement confronté à un loup.

Il ne s’agit pas d’un conte, mais d’une histoire qui aurait très bien pu se dérouler à une époque pas si reculée que cela.

Cette histoire est accessible à tous, parents comme enfants.

Rubrique Poules, poussins et compagnie.

L’univers de la ferme, notamment des basses-cours, des poules et poulaillers, constitue un monde à part entière. Nous lui avons donc accordé une rubrique spéciale.

Toutes les histoires de Patrick Huet ayant trait à ce sujet y seront regroupées. Deux histoires y sont déjà représentées :

  • Rousseline et les oeufs de Pâques.
  • Poupeline et le mystère des oeufs perdus.

Pour en savoir davantage à leur sujet, nous vous invitons à découvrir cette rubrique : « Poules et poussins » .

Présentation de l’histoire à lire.

Cette histoire est tirée d’un recueil comportant deux titres : Le yéti et le Prédateur.

C’est la seconde histoire (la plus courte) qui est reproduite à votre attention, la première étant trop longue pour figurer sur une page Internet. En revanche la seconde intitulée « Le prédateur » étant suffisamment courte pour être lue en quelques minutes, nous avons donc choisi de vous la présenter.

Ce recueil s’intitule : Animalance.

Origine du nom : Ce titre est une contraction de « Animal » et de « espérance » . Cet ouvrage fut publié en 1999.

Le présentation de couverture se résume en ces mots :

A la lisière entre le monde des hommes et celui des animaux, la sauvagerie semble régner en maître.

Mais il arrive parfois que cette brutalité s’estompe et laisse place à d’autres échanges, d’autres émotions… en d’autres mots, qu’elle laisse place à l’espérance.

Tranche d’âge :

A partir de : 11 ans. A condition de savoir bien lire, le niveau de langue : assez soutenu.

Présentation de cette histoire.

Titre : Le Prédateur.

Résumé :

Sous les forêts d’Europe, le loup est connu pour être sanguinaire. Plus encore durant les dures journées d’hiver quand la famine le tenaille. Aussi, lorsqu’une forme brune et souple se mit à gronder et à tourner autour d’un jeune paysan, il blêmit devant la taille gigantesque de son assaillant. Mais comment venir à bout d’un loup aussi vif et aussi acharné ?

© Patrick HUET 1999

Droits d’auteur.

Reproduction interdite sauf accord écrit de l’auteur.

Les courtes citations sont permises et ne nécessitent pas d’autorisation.

Début de l’histoire.

Un éclair métallique fulgura dans le matin gris sombre comme la hache s’abattait brutalement. La bûche en équilibre sur le billot de bois se fendit net ; dans la cour, une déflagration sèche retentit de part en part, bientôt étouffée par l’épais tapis de neige.

S’appuyant sur le manche de sa cognée, un homme vêtu d’une paire de braies et d’une tunique élimée passa une main rêche sur son front. Un monceau de bûches éclatées s’amoncelait à ses côtés. Depuis une demi-heure, il n’avait pas ménagé sa peine, frappant sans relâche jusqu’à fatiguer son bras pourtant robuste.

Son regard caressa la petite chaumière sur sa gauche. Ce n’était rien qu’une misérable cahute mais c’était sa demeure, son foyer, que réchauffait la plus adorable des épouses.

Son visage rude de paysan, bruni par les intempéries, s’adoucit un moment en songeant à celle qui partageait sa vie depuis une saison déjà.

Une vigueur nouvelle se répandit en lui ; Perrine ne devait pas avoir froid ! Il se pencha vers le tas de bûches encore intactes et s’arrêta subitement.

Là-bas, à vingt pas sur sa droite, une forme brune et souple venait de surgir. Un animal dont les yeux de prédateur lançaient des éclats fauves. Les mâchoires à demi ouvertes découvraient des crocs luisants.

Une onde de peur s’écoula le long de son dos, une sueur glacée le transperça. Le loup qui lui faisait face était le plus grand qu’il eut jamais vu, et le plus impressionnant. Ses yeux le brûlaient dans un feu de braises.

Une lueur sauvage traversa les prunelles de l’animal ; un grognement sourd monta de sa gorge pendant qu’il avançait, l’échine courbée, les muscles bandés, prêt à bondir. Et l’homme à la tignasse brune et au masque livide ne bougeait pas, frappé de stupeur.

Le grondement devint fureur, les mâchoires claquèrent. Ils réveillèrent le paysan. Criant de terreur, il se dressa brusquement, la cognée décrivant des arcs de cercle meurtriers.

En deux bonds, le loup se mit hors de portée des coups. Étonnamment, il ne fuyait pas. Il dardait ses yeux brûlants sur l’homme affolé, au geste maladroit, mais à l’arme acérée. De nouveau, il gronda. Les pattes ramassées, il rampait presque dans la neige en s’approchant tant les muscles étaient arqués, prêts à se détendre en un éclair fulgurant.

La hache volta une nouvelle fois dans les airs, dessinant des courbes tranchantes et agressives. Et le loup recula de quelques pas. Le dernier saut l’avait mené à proximité de la forêt qui cernait la chaumière sur trois côtés. Toutefois, la bête ne s’y engagea pas. Elle dévisageait toujours son adversaire, sans crainte, sûre de la souplesse et de la puissance de son corps.

Un tel acharnement ébranla le paysan. À reculons, il regagna son logis sans quitter du regard le loup nerveux qui s’était remis à gronder.

« Perrine ! cria-t-il en refermant la porte. Un démon de loup fait le siège de notre demeure ! Perrine ? Oh ? Ma mie ? »

Sa voix résonna dans la chaumière. Seul l’écho de ses paroles lui répondit. Dans le coffre de bois manquait une houppelande. Un panier d’osier habituellement près de l’âtre avait disparu également. Un cri s’étrangla dans sa gorge. Perrine était sortie cueillir des simples pour confectionner des tisanes ainsi qu’elle en avait exprimé le désir la veille.

Sans doute vaquait-elle à cinq minutes de son toit, insouciante sous le couvert des arbres, s’inclinant vers tel ou tel arbuste, repoussant la neige pour mieux arracher une plante de « bonne fame ».

Et le loup qui attendait toujours, là-bas, à l’orée du bois, la peau de ses flancs battant ses côtes, promenant son regard affamé sur la cour découverte, à la recherche d’une proie.

Sa présence était un danger et son départ tout autant ! Que son chemin croisât celui de sa femme seule et sans défense et…

« Perriiine !!! » hurla le paysan.

Il sortit en coup de vent, l’esprit hagard, le visage torturé. Perrine, la lumière de ses jours ; Perrine dont le plus grand désir encore insatisfait était d’élever un enfant ; Perrine, sa Perrine… sous les crocs du loup ; sa vie et ses rêves brisés à jamais !

« Démon ! Fils de l’Enfer ! Tu ne l’auras pas. Je démolirai ta carcasse ! »

Le corps vif, l’animal frémissait sur ses pattes. Le feu de ses prunelles frappa le paysan. Mais cette fois-ci, sa peur s’était transformée en colère. Il chargeait comme un dément, brandissant sa cognée avec une légèreté inattendue. Son regard fou ne voyait que le loup et la lame de sa hache qui en broyait le crâne, les os, les crocs.

Refusant le combat, la bête rompit, esquiva le coup et s’élança dans la forêt. Il bondit à sa poursuite, s’apprêtant à courir jusqu’à en perdre haleine pour le rattraper.

Il n’eut pas à se dépenser autant. Le loup l’épiait sous la ramure d’un chêne effeuillé aux longues branches incurvées. Les prunelles fauves le guettaient, l’étudiaient, scrutaient chacun de ses gestes, le moindre signe de faiblesse.

La figure sévère du paysan se contracta. Sous les arbres, la musculature de la bête était encore plus flagrante que dans un espace dégagé. Il devrait frapper vite et juste ; il n’y aurait pas de seconde chance !

Rafraîchi par cette constatation, il s’avança prudemment, la hache levée. Encore une fois, le loup se déroba, s’enfonçant de dix pas dans la forêt, guère plus loin, le flamboiement de ses prunelles toujours rivé sur l’homme.

Le même épisode se renouvela une fois, deux fois…

« Tu te joues de moi, démon ! éructa en sourdine le paysan, le souffle court et les joues enflammées. Tu veux m’avoir à l’usure, c’est cela, hein ? »

Depuis quinze minutes, il galopait derrière le loup. Viendra le moment où la fatigue rendrait ses gestes imprécis et le laisserait vulnérable. Cet instant n’était pas loin, il le savait et l’animal également, alors le loup attaquerait et lui…

La sagesse eût voulu qu’il rebroussât chemin. La pensée de sa femme quelque part dans la forêt et à la merci de ces crocs lui en ôta le désir.

Soudain, le loup bondit dans un taillis, si vite qu’il en perçut à peine le déplacement. Un faible cri s’y éleva aussitôt, un cri aigu, assourdi par la neige et les fourrés. Un cri humain.

« Perrine !! » rugit le paysan.

Sans aucune précaution, il se précipita dans le taillis, prêt à se battre dans un corps à corps sanglant avec le loup. Au centre des broussailles, un espace dénudé, une forme allongée dans une toile rugueuse. Le paysan en resta pétrifié, les yeux égarés, les bras ballants.

Alors, sans rien dire, sans même comprendre ce qu’il faisait, il s’agenouilla dans la neige et referma ses bras sur le tissu gris. Le corps était encore chaud ; il en sentit la tiédeur à travers les pièces de toile.

Un vagissement le surprit. Il écarta un voile. Le visage poupin d’un nouveau-né clignota dans la lumière. Il serra contre lui le bébé abandonné, doucement, de peur de le meurtrir.

Une forme brune et souple se profila juste à la limite de son champ de vision. Un animal de grande taille aux yeux de braise et à l’éclat sauvage, mais les yeux d’une mère que suivaient trois petits louveteaux pareils à des boules de poils ébouriffés.

Fin de la première histoire.